Comment harmoniser la formation
en agroécologie tout en respectant
la diversité des contextes locaux ?
Said Iminigar
Animateur territorial
Il n’existe pas « une » agroécologie, mais des agroécologies, façonnées par les milieux de production, les pratiques sociales et les contraintes locales. Pourtant, les dispositifs de formation ont besoin de repères communs : cadres de compétences, principes partagés, socles techniques. Les équipes pédagogiques ont besoin de référentiels lisibles pour accompagner les transitions, mais leur appropriation dépend de leur capacité à les adapter aux situations réelles des territoires.
Cette tension entre harmonisation et adaptation est aujourd’hui un enjeu central :
Comment garantir une cohérence des formations sans imposer une agroécologie standardisée ? Comment intégrer les savoirs locaux tout en répondant aux exigences de cadres nationaux ou régionaux ?
Le cœur du problème
La mise en œuvre de l’agroécologie repose sur des pratiques situées, dépendantes des sols, des intrants disponibles localement, des savoirs endogènes et des réalités socio-économiques. Si les contextes de l’agroécologie diffèrent profondément, les dispositifs de formation et de conseil ont eux besoin d’un cadre commun qui fixe des repères partagés au niveau national, tout en laissant des marges d’adaptation aux réalités des territoires et aux différentes visions – plus ou moins militantes – de l’agroécologie. Comme le souligne Malamine Ouattara, directeur exécutif du Réseau des Services de Conseil Agricole et Rural d’Afrique de l’Ouest et du Centre (RESCAR-AOC), ce cadre ne peut fonctionner que s’il s’articule avec les structures nationales de formation et de conseil agricole. C’est donc l’articulation entre un socle commun et des pratiques contextualisées qui permettra de former à des agroécologies plurielles, cohérentes et ancrées dans les territoires.
la réalité des pratiques !
Si un cadre commun est nécessaire pour harmoniser la vision de l’agroécologie, c’est finalement l’échelle des territoires qui lui donne sa force. Les initiatives qui suivent montrent comment des organisations paysannes, des centres de formation et des partenariats internationaux parviennent à transformer cette diversité en ressources : en produisant des outils, des références et des pédagogies qui enrichissent le cadre commun tout en restant fidèlement ancrés dans les réalités de chaque territoire.
Une démarche systémique portée par les producteurs
À Madagascar, le CEFFEL illustre comment un dispositif national piloté par une organisation paysanne peut articuler cadre commun, adaptation locale et co-construction des savoirs. Andry RASAMIMANANA, responsable du CEFFEL, explique comment une exploitation pédagogique, des recherches-actions et un réseau de paysans relais permettent de produire des références fiables.
REJEPPAT Togo : des fermes-écoles agroécologiques pour former les jeunes
Dans la région centrale du Togo, le REJEPPAT déploie depuis 2019 un dispositif de fermes-écoles agroécologiques pour professionnaliser les jeunes (et aussi des femmes) à l’entrepreneuriat et aux techniques d’agriculture durable, avec l’appui de partenaires. Le dispositif combine un cadre commun de formation (sélection, renforcement des formateurs, suivi, certification) avec une mise en pratique contextualisée « sur ferme », au plus près des réalités locales et des savoir-faire de terrain.
Mali : Adapter la formation agricole et rurale à l’agroécologie
La CNOP-Mali s’appuie sur son centre international de formation en agroécologie paysanne qui élabore des outils didactiques valorisant les savoirs endogènes et développe des relais formateurs. L’approche, fondée sur la transmission de paysan à paysan et sur la recherche participative, constitue une voie incontournable pour la souveraineté alimentaire et inspire une stratégie nationale de l’agroécologie.
La carte des expériences
Explorez une cartographie vivante des initiatives pédagogiques issues de 43 expériences de terrain du Réseau FAR, qui illustrent comment la formation devient un moteur concret des transitions.
Boîte à outils
Les 10 éléments de l’agroécologie
Un cadre international commun pour définir l’agroécologie (diversité, co-création des connaissances, synergies, résilience, gouvernance, traditions alimentaires…) et conçu pour être adapté aux contextes locaux. FAO, 2018.
Comment « massifier » la formation agricole et rurale ?
Repenser la formation agricole et rurale de façon systémique, pluri-acteurs, et territorialisée. Une note qui montre comment former plus sans « copier-coller » un seul modèle. Agence française de développement, QDD N° 91, 2025.
Farmers’ use of fundamental knowledge to re-design their cropping systems
Un article scientifique en anglais qui analyse comment les démarches de formation à l’agroécologie peuvent articuler acquisition de savoirs, expérimentation et transformation des pratiques. HAL, 2017.
Mémoire du master MIFAR, Adéquation entre l’offre de formation en agroécologie, les besoins réels des bénéficiaires et le contexte au Cameroun.
Analyse de l’adéquation entre l’offre de formation en agroécologie et les besoins réels au Cameroun. Met en évidence les écarts, leviers d’ajustement et conditions pour renforcer la pertinence et l’impact des formations. Réseau FAR – Master MIFAR (MEIFOU DJEUMANI M.C), 2024.
Projet Formation de Formateurs en Agroécologie et Savoirs Endogènes
Expérimentation d’un dispositif de formation et capitalisation d’expériences dédiées au soutien des organisations de la société civile engagées dans la transition agroécologique, en Afrique de l’Ouest et du Centre. FFASE.
Retour sur le séminaire Meknès 2025
Intégrer l’agroécologie dans les dispositifs de conseil agricole. Facilitation graphique Terre Nourricière, 2025.
À retenir
Harmoniser sans déconnecter des territoires : les cadres communs n’ont de sens que s’ils sont nourris par les pratiques et savoirs locaux, dans un jeu d’échelles et de savoirs croisés.
S’appuyer sur des cadres de concertation : ils coordonnent acteurs de la formation et du conseil, autorités et producteurs/productrices pour adapter les orientations nationales aux réalités locales.
Reconnaître le rôle clé des structures de formation et de conseil : elles font le lien entre cadres et terrain, appuient les diagnostics et renforcent les compétences.
Construire une cohérence sans uniformité : un même cadre peut générer des trajectoires diverses mais convergentes, fondées sur l’expérimentation et la co-construction.
Des outils pédagogiques pour structurer : analyses, diagnostics et scénarios offrent un langage commun et des méthodes partagées, tout en laissant la possibilité à chacun(e) de moduler selon la diversité des contextes.